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sur un air de tango

découvertes littéraires, cinématographiques, éclectiques
November 23

Sur la route de Madison

J'ai mis longtemps à lire le livre de Robert James Waller. Non que ça ne me plaise pas. Mais bien plutôt parce que j'ai vu le film tiré du livre plusieurs fois avant de m'apercevoir de son existence.
Nous regardons ainsi beaucoup de films sans même savoir qu'ils sont tirés d'un livre. Et pourtant, j'aurais eu bien tort de passer à côté d'un tel texte.
Le film est certes beau, puissant même, porté par ses acteurs et une réalisation sans faille. J'ai encore versé ma larme en le regardant cette semaine. Mais le livre est tout autre chose. Non que le film lui soit infidèle. Cependant, comme souvent, il est beaucoup de choses qui ne peuvent être transcrites à l'écran et qui donnent une dimension supérieure à l'oeuvre littéraire.
Le livre de Robert James Waller porte en lui toute une poésie, des images puissantes (l'animalité de Robert Kincaid mais aussi sa part de sensibilité, la lucidité sereine de Francesca et sa détermination) à la mesure du paysage dans lequel il les a placées. Le style est d'une limpidité qui rappelle celle des eaux coulant sous les ponts du comté de Madison. On y comprend bien mieux les motifs des protagonistes, leur égarement (celui qui fait qu'ils sont passés à côté de la vie qu'ils auraient voulu mener mais qui les a conduit l'un vers l'autre) et leurs choix : celui de s'aimer séparément, aussi dur semble-t-il, n'est pas le moindre.
Loin des romans d'amour classiques que l'on oublie bien vite tant leur mièvrerie fait peur à lire, Sur la Route de Madison est une oeuvre classique par son traitement, les tourments qu'elle comporte, sa déchirante raison. Elle est à placer aux côtés de Jane Austen ou de Flaubert et à lire avec délectation, surtout avec délectation.

ambre

July 23

Où le regard ne porte pas

Voici une bd d’une qualité rare et d’une beauté à couper le souffle.

Un jour, il y a quelques semaines, Max m’a appelé au travail en m’annonçant qu’il allait faire un passage à la fnac pour s’offrir un jeu vidéo. Pfff ! Quel intérêt ? Je crois que je ne comprendrais jamais qu’on balance du fric dans ce genre de trucs. Donc pas très contente au départ, j’ai su tourner la situation à mon avantage.

« OK mais alors je veux un cadeau !

- Un cadeau ? Mais quoi comme cadeau ?

- J’en sais rien, creuse-toi les méninges mais trouve-moi un chouette cadeau. »

Et le soir, elle était là, posée en évidence sur le canapé, n’attendant que moi : l’intégrale. Un beau pavé, ma foi. Une couverture qui inspire la sérénité, une illustration décidée, un titre qui laisse rêveur…

Il faut dire que tous les ingrédients sont ici réunis pour faire passer un excellent moment. Ca faisait un bout de temps que je ne m’étais pas autant délectée à la lecture d’une bd. C’est tout ce que j’aime : une narration enlevé, des dialogues qui touchent juste, le sens de l’espace et du temps dans le déroulement de l’histoire, un dessin qui colle parfaitement au style narratif et qui fait la part belle aux personnages mais aussi aux paysages. L’harmonie faite bd. Je me suis laissée entraîner comme une gosse par Lisa et ses trois copains puis je me suis laissée intriguer par leur parcours d’adultes. C’est envoûtant de simplicité et de pureté esthétique. Je n’ai pas grand chose à dire de plus tant j’ai été emballée.

Du coup, ce magnifique intégral avec croquis d’Olivier Pont en guise de cerise sur le gâteau à la fin du volume est allé directement rejoindre les Passagers du Vent, Epée de Cristal et autres Quête de l’oiseau du temps au rayon « bd préférées ».

Franchement, si vous ne l’avez pas lu, précipitez-vous ou faites-vous offrir ce petit bijou pour Noël. Personnellement, je n’en peux plus de la tonne de bd qui sort chaque mois et qui ne sont que de pales imitations de choses déjà existantes ou qui débitent de la bd pour de la bd avec un graphisme à vomir et des scénarios qui ne tiennent pas debout. Alors, pour une fois qu’on a affaire à une œuvre originale et sublime à la fois…

 

ambre 

July 06

Alien (V) : l'Etranger

Mais ce que nous apprenons tout au long des films, c’est ce qu’est réellement une alien : les créateurs l’ont doté d’une vraie personnalité, ont imaginé son mode de vie, de reproduction, lui ont donné tous les éléments le rendant « possible ». Qu’en apprenons-nous ? L’alien serait une sorte d’insecte de par son mode de vie et de reproduction. Les créatures vivent en effet en colonie réunie autour d’une reine dont l’activité principale consiste à pondre des œufs devant donner naissance à de nouvelles créatures (tiens, tiens, ce ne vous rappelle rien ? Un petit effort… vous avez bien étudié les abeilles au primaire ?). Ses enfants l’approvisionnent en hôtes (les hommes enlevés ne sont donc pas tués de suite mais immobilisés et gardés en vie), destinés à mourir lors de la naissance du jeune alien et à servir ensuite de nourriture. On retrouve ici le comportement de certaines punaises ainsi que de l’araignée. Mais les choses sont plus compliquées que ça lorsqu’on s’intéresse au mécanisme de reproduction.

La reine pond donc des œufs (vous aviez suivi jusque là j’espère sinon, je ne peux rien faire pour vous) qui, lorsqu’ils éclosent, ne libèrent pas d’alien mais un « parasite » qui se fixe sur un hôte pour déposer dans son corps un embryon d’alien. Celui-ci se développe en quelques jours puis perce la cage thoracique de l’hôte pour s’en extraire. Il s’agit d’un mode de reproduction complexe que j’ai tendance à assimiler (peut-être à tort) à celui des abeilles pour ce qui est de la reine pondeuse et des papillons pour ce qui est des étapes multiples. Ensuite, le petit alien devient rapidement très grand et fort après avoir connu quelques mues (un petit côté serpent qui complète sympathiquement le tableau).

Mais on apprend aussi plein de choses sur l’alien. On sait, par exemple, qu’il craint le feu, qu’il est capable de nager, qu’il sait faire preuve d’intelligence : il s’abstient d’attaquer lorsque les œufs et donc l’avenir de la colonie sont menacés (Aliens), ne s’en prend pas non plus aux hôtes susceptibles de donner naissance à une reine ou à un congénère (Alien 3), il est capable de sacrifier un des siens pour recouvrer la liberté (Résurrection) et a une certaine aptitude à l’apprentissage et à la reproduction des gestes (de l’utilité des gros boutons rouges dans Résurrection). C’est aussi une créature laborieuse qui élabore des constructions à son image (Aliens) susceptibles d’accueillir une reine et des hôtes. Mais, bien sûr, son aptitude la plus marquante est son don pour la chasse, seul ou en groupe, son agressivité n’ayant d’égal que son insatiable goût pour la viande fraîche.

Certaines questions restent cependant sans réponse. On ne connaît en effet toujours pas l’origine des aliens. On ne sait pas non plus qui étaient les êtres transportant les œufs dans le premier film ni dans quel but ils le faisaient. Ou comment finit un monde colonisé par les aliens. On peut imaginer bien des réponses… à vous les suggestions !

ambre

June 18

Alien (IV) : l'Etranger

On en arrive enfin au cœur du sujet, à savoir la méchante bêbête qui fait peur à tout le monde, j’ai nommé l’Etranger (ou l’alien). A présent que le décor est planté (l’espace et, si possible, des mondes hostiles ou des vaisseaux spatiaux), que les personnages sont là (des fiers-à-bras, de cupides idiots et une héroïne), nous voici prêts à introduire l’élément perturbateur, celui qui va faire courir tout le monde dans tous les sens, hurler de terreur les plus sensibles et mettre les nerfs de chacun à rude épreuve. Car c’est sans doute là la recette de tout bon film d’épouvante : savoir perturber un environnement qui devrait rester stable et y faire advenir l’inattendu, l’inimaginable et, si possible, l’horrifique. Pour Alien, ça fonctionne à merveille en tous cas.

La créature qui vient semer la pagaille ici est, comme tout un chacun le sait, directement inspirée de l’œuvre de H. G. Giger et de ses tableaux infernaux plus précisément. Sur le plan esthétique, on retrouve un nombre impressionnant d’éléments : un manque de vision nette de la créature qui se fond dans le décor, des détails plus perceptibles que d’autres comme les écailles (brillantes, elles reflètent la lumière qui les entourent et absorbent l’obscurité d’où le manque de visibilité), la queue (qui ressemble à un alignement de vertèbres proéminentes et menaçantes) et surtout la tête, démesurément allongée, à la mâchoire dévoilée et terrifiante. Cette créature, du fait de sa visibilité réduite, peut aisément être interprétée en trois dimensions et en mouvement par les réalisateurs et les chargés d’effets spéciaux sans pour autant dénaturer l’œuvre de Giger. Elle se déplace donc à une vitesse redoutable, fait preuve d’une grande agilité, est capable de se servir autant de ses mains que de sa queue, a des dons de contorsionniste et d’acrobate. On lui ajoute une mâchoire intérieure à la première, une forte sécrétion de « bave » mettant en valeur ses dents acérées et on décide qu’un acide destructeur coule dans ses veines. On lui prête une agressivité sans pareille et de remarquables dons pour la chasse (à l’homme s’entend). Voici un monstre tel qu’on les aime, prêt à effrayer tout le monde (Godzilla n’a qu’à bien se tenir !). Ne reste qu’à le faire entrer dans l’histoire et à découvrir son mode de vie…

On rencontre l’alien d’abord sur le Nostromo après que Dallas, Kayne et Lambert aient découvert un vaisseau dont l’équipage a été décimé sur LV426 et aient approché son étrange cargaison d’œufs translucides. A partir du moment où il perce la poitrine de son hôte, l’alien n’a de cesse de semer la terreur. Il y parvient particulièrement bien dans le premier film. Dans le deuxième, l’horreur est multipliée car ce sont des hordes de créatures qui se sont développées sur LV426 grâce aux colons envoyés par la Compagnie. On apprend à l’occasion comment se reproduisent les aliens et à quoi peut ressembler une de leurs reines. Et quelle reine ! C’est un être d’une beauté majestueuse que nous offrent les créateurs : la tête totalement disproportionnée est couronnée par un crâne démesuré, le corps est quasiment inexistant, réduit au minimum vital tant la place nécessaire à l’abdomen est importante. On y voit se développer les centaines d’œufs que va pondre la reine par transparence en un chapelet impressionnant. Dans le troisième film, on découvre que les aliens ressemblent étrangement aux hôtes qui les ont abrités avant qu’ils naissent : celui qui sème la panique ici est issu d’un chien et se déplace donc différemment de ceux que Ripley a rencontrés auparavant.

ambre

June 14

Alien (III) : Ripley

Si on a pu voir en Ripley, dans les débuts, l’antithèse du héros (surtout si l’on considère qu’à l’époque de sortie du premier film, les héros s’appelaient plutôt Rambo, Conan ou Bruce Lee), elle est devenue avec le temps l’héroïne par excellence, allant jusqu’à voler la vedette à la créature et être l’élément incontournable de la saga. On ne sait plus très bien s’il s’agit de films d’horreur et de science-fiction ou de l’histoire extraordinaire de cette femme ordinaire à l’origine. C’est sans doute une des plus grandes réussites des créateurs que d’avoir choisi de faire du héros une héroïne (ce qui n’était pas prévu au départ) : c’est une surprise pour le spectateur, c’est un formidable pari.

Bien sûr, le choix de l’actrice y est pour beaucoup. Sigourney Weaver a su incarner Ripley de la plus belle des façons : lumineuse, pleinement consciente des ambiguïtés de son personnage (qui fait face à des gros durs sans trembler mais ne peut quitter le vaisseau sans son chat). Capable de se montrer désespérément féroce et profondément sensible à la fois, elle utilise au fil des films une palette dramatique extrêmement large et savamment dosée qui va bien au-delà des numéros de fiers-à-bras ou de jeune fille effrayée hurlant à l’approche du monstre. En femme de tête, elle rayonne et se montre d’une virtuosité sans pareille sans jamais plonger du côté « maître de guerre » intransigeant et insensible. Sigourney Weaver sait nous rappeler que Ripley est une femme capable de sentiments maternels (avec Newt dans Aliens) ou amoureux (avec Clement dans Alien3), de profonds moments de désespoir sans perdre de vue le danger et la force qu’on réclame d’elle. Il n’y a guère que dans le quatrième épisode que les choses changent du fait de la double nature du personnage qui finit par se complaire dans le nid de la reine alien, reconnaître les créatures comme des frères, adopter pour partie leur comportement animal (ses mouvements de tête sont terrifiants) sans renier son côté humain. On peut même penser que ce sont seulement les souvenirs se celle qu’elle était avant de mourir qui la retiennent de passer du côté de l’animal sensuel qu’elle aimerait peut-être être.

ambre

May 31

Alien (II) : Ripley

Je crois que pour moi comme pour la majorité des personnes, Alien, c’est une héroïne face à un monstre (je schématise un peu mais avouez que c’est d’abord à ça que vous pensez quand on vous en parle), une histoire de sang et d’horreur où, paradoxalement, les deux ennemis finissent par être tellement liés qu’on ne sait plus vraiment s’ils sont unis par la haine ou l’habitude (à défaut d’amour). La haine est bien présente, dès le premier film, le chef-d’œuvre signé Ridley Scott, avec la découverte de l’Etranger par un vaisseau de transport de marchandises.

Avec la haine va la terreur moite et froide, la course-poursuite dans un vaisseau désert et la farouche volonté de survie de Ripley incarnée par une Sigourney Weaver que l’on découvre forte, impitoyable et courageuse. C’est à ce personnage que vont désormais s’attacher les réalisateurs qui succèdent à Ridley Scott. Pourquoi elle ? Parce que c’est une femme, parce qu’elle ne sait rien faire d’autre que conduire des robots de charge et surtout pas se battre (au début s’entend) mais qu’elle est intelligente et la première à comprendre la menace que représente l’alien. Parce qu'elle a un caractère bien trempé et un charisme de leader dès le premier opus de la saga. Surtout parce que c’est le dernier personnage qu’on s’attend à voir survivre à la fin des films, du moins c’est ce que pensent les personnages qui l’accompagnent (comme les marines du deuxième épisode qui la surnomment Blanche-Neige), un véritable anti-héros finalement jamais présentée comme l’héroïne a priori (Ridley Scott ne la différencie des autres membres de l’équipage que très tardivement).

Bien sûr, le personnage de Ripley évolue. Dans Aliens, elle apprend à se battre, à utiliser des armes et se montre d’une férocité rare et d’une incroyable humanité, survivant à tous les marines venus avec elle exterminer les hordes de créatures ayant envahi LV426, prête à affronter la reine alien pour sauver une petite fille. On la sent encore fragile : elle croit encore que les dirigeants de la compagnie peuvent avoir de louables intentions, elle a encore l’énergie de se révolter et de combattre les évidences alors que, dans le troisième volet, elle se montre désabusée, sans illusion et, si elle se bat, c’est avec la force du désespoir car, désespérée, elle l’est alors qu’elle n’a jamais été aussi proche de son ennemi. Lumineuse comme rarement, elle montre à la fois une force incroyable et une faiblesse profonde face à ses responsabilités : ses larmes sont celles d’une femme fatiguée de devoir se battre et de ne voir se dérouler devant elle que le même combat sans espoir de répit. Elle le dit à l’alien lors d’une des confrontations du film : « Il y a si longtemps que vous êtes dans ma vie que je ne peux me souvenir de rien d’autre. »

Résurrection voit se dresser une nouvelle Ripley, celle ressuscitée par des scientifiques dans une station spatiale afin de redonner naissance au dernier alien tué par cette dernière. L’un ne va pas sans l’autre et le cauchemar peut reprendre vie. Mais, pour Ripley, il a une nouvelle saveur associant la naïveté d’une nouveau-né aux souvenirs effrayants d’une Ripley morte d’avoir combattu les créatures. Sigourney Weaver montre une fois de plus l’étendue de son talent avec une grâce animale, une férocité où il n’est fait nulle place aux remords et une fragilité liée à la douleur de la renaissance malgré elle et la certitude de savoir que nulle paix ne lui sera accordée (l’acharnement des scientifiques est bien visible dans le musée des horreurs qu’elle brûle afin d’en effacer l’atrocité). Ses rapports avec les aliens sont plus troubles que jamais car elle est à la fois leur mère et sœur et leur pire ennemie. Elle finit par préférer le côté des hommes mais l’ambiguïté demeure quant à sa double nature. Son côté alien exacerbe chez elle une sensualité et une animalité toutes neuves : elle n’est plus seulement la femme soldat forte et déterminée, elle est aussi instinct, ressenti et sensibilité à fleur de peau ainsi qu’une nouvelle combattante plus redoutable que jamais.

ambre
May 23

Alien (I) : Les films

"Dans l’espace, personne ne vous entend crier."

C’est par là que tout a commencé. Par une terreur sourde, un huis-clos fascinant auquel il est difficile de s’arracher, un cauchemar pire que vos cauchemars.

Personnellement, j’ai découvert la saga Alien sur le tard. C’est parti d’un appel de mon oncle cinéphile (ce qui a été le cas pour à peu près toutes mes découvertes cinématographiques de l’adolescence) :

« Tu as vu le dernier Alien ?
- …
- Bon, je t’emmène le voir la semaine prochaine. Je m’occupe de tout avec ta mère.
- Super.
- C’est le troisième. T’as vu les deux premiers bien sûr ?
- Ben, non.
- Pff, c’est pas vrai (là, il me fait sentir que je suis une inculte frôlant l’hérésie). Je t’emmène les cassettes et tu les regardes avant la séance, histoire d’être au parfum. »
C’est pas beau d’avoir un Tonton comme ça ? Du coup, je suis tombée dedans. Dans l’œuf de l’Alien, je veux dire. J’ai la Trilogie en cassettes, la Quadrilogie en coffret 9 dvd et je me regarde la totalité des films au moins une fois par an sinon je suis en manque. Merci Tonton !

Ceci étant posé et avant de commencer à vous parler de l’héroïque Sigourney Weaver et de la méchante bêbête qui fait peur à tout le monde, je voulais faire un tour d’horizon des films et de leur esprit.

La saga Alien démarre avec Le huitième passager signé par un jeune réalisateur qui va se révéler fort talentueux et qui n’est autre que Ridley Scott. Il réalise là un film tout en tension dramatique, un huis-clos mémorable où les membres de l’équipage du vaisseau de transport Nostromo sont violemment tués les uns après les autres par l’Etranger, une créature ramenée à bord par l’un des leurs. Ce film est d’une pureté rare. Plutôt que de faire dans l’horreur totale, Ridley Scott suggère et les scènes où la créature est distinctement visible sont très rares. On entend des cris, on suit des courses-poursuites effrénées, on se perd dans les couloirs aseptisés et les soutes peu ragoûtantes du vaisseau. La seule véritable scène visuellement choquante est sans doute celle du dîner où l’Alien apparaît pour la première fois, en perçant la cage thoracique de son hôte. C’est un film blanc, aseptisé (comme je l’ai déjà dit) où le décor froid et trop propre contraste avec la terreur qui s’y déchaîne. L’absence quasi totale de musique et les longues plages de silence ajoutent beaucoup à l’atmosphère oppressante (on entend trop bien la respiration hachée des personnages). C’est un film très esthétique et qui atteint parfaitement son but : tenir le spectateur en haleine, le surprendre et lui faire connaître la peur.

Aliens inaugure un ton totalement différent avec la découverte du phénomène James Cameron. Il aime déjà les grosses machines qui font boum et ça se voit. Au-delà du tape-à-l’œil, il signe un film se situant dans la lignée du premier : il a gardé l’héroïque Ripley mais il a multiplié les méchants aliens (d’où le pluriel du titre). Ce film est un contraste entre un décor bleu en surface et rouge synonyme de fournaise dans les sous-sols où est installé le nid des aliens (également avec des explosions aux flammes étincelantes). Les Aliens se fondent parfaitement dans ce fond bleu métallique et grouillent dans les gaines d’aération et dans les sous-sols du complexe de terraformation. C’est encore une course-poursuite mais sans huis clos cette fois. On est cependant face à l’horreur de l’extermination en règle des colons vécue à travers les yeux d’une petite fille. Le visage cupide et irresponsable de la Compagnie prend toute sa dimension avec le personnage de Beurk (dans ma tête, ça s’écrit comme ça tellement je l’aime pas), Ripley s’affirme et on apprend plus de choses sur la société des aliens (qui sera étudiée en détails plus tard).

Alien 3 reste pour moi le chef-d’œuvre absolu même si je sais que je vais contre l’avis de la majorité. Peut-être mon jugement est-il influencé par le fait que ce soit le premier opus que j’ai vu au cinéma. Toujours est-il que c’est ce film qui m’a fait tomber dans le chaudron alienesque. Peut-être parce que cet épisode est plus désenchanté, parce qu’il se situe dans un univers totalement marginal (celui de la prison abandonnée Fiorina 161) où aucune règle n’a vraiment cours, peut-être parce qu’il permet de retrouver le huis clos qui fait trembler tout spectateur. Ripley y apparaît plus désespérée mais aussi plus lumineuse que jamais avec son crâne rasé et ses bleus au cœur et à l’âme alors qu’elle doit affronter une toute nouvelle sorte d’alien dans l’atmosphère confinée de la prison qu’on voit rouiller sur place et tomber en lambeaux en même temps qu’elle revient à la vie pour cet ultime combat. Le film est rouille (ou rouge, comme vous préférez). Il est réalisé avec une virtuosité rare par un de mes réalisateurs favoris, David Fincher. Les effets de caméra sont éblouissants, la narration fait la part belle aux surprises et rebondissements. Ici meurent toutes les illusions, « dans le trou du cul de l’univers », où rien de bon ne peut plus arriver. C’est sans doute pour ça que ces bannis de l’humanité trouvent le courage de se battre alors qu’ils n’ont rien à gagner : ni la vie, ni la mort. C’est un dosage idéal entre fatalisme et espoir, entre combat sanglant et marques d’humanité. Les visions de l’alien sont fugitives autant que la dernière vision de Ripley est nette, portée par une musique intense. Une séquelle qui atteint parfaitement son but de terreur et revient à un format plus classique : le huis clos, dans une durée raisonnable (contrairement au deuxième opus) avec une fin inattendue.

La Résurrection est le film que personne ne pensait pouvoir exister (enfin, pas moi en tous cas) étant donné la fin du précédent : plus de Ripley, plus d’Alien, comment continuer ? Pourtant, Jean-Pierre Jeunet l’a fait et bien fait, à sa façon, une fois de plus décriée mais tellement sublime. Il exprime tout l’art du réalisateur qu’il est dans un film vert et froid comme l’est devenue la nouvelle Ripley. Il imagine des savants fous (ils me font penser à ceux de L’Armée des 12 singes, étrangement) enfermés dans une station expérimentale pour redonner naissance aux aliens exterminés par Ripley mais ne pouvant éviter de donner également vie à Ripley. Lorsque les aliens commencent à semer la panique dans la station, Ripley reprend les armes et se fait aider de contrebandiers ainsi que d’un cyborg (Winona Rider) pour échapper au carnage. Là encore, la réalisation relève du grand art avec un savant dosage entre action et mise en avant de l’humanité des personnages face à la froide agressivité des créatures, une utilisation judicieuse de la caméra et de ses effets. On a le cœur qui bat très fort alors que les personnages courent dans les galeries de la station et que le compte à rebours (encore un !) les menace.

On a d’ailleurs le cœur qui bat au visionnage de chacun de ces films et c’est en ça que la saga est réussie malgré les changements de réalisateurs. Chacun a su rester dans « l’esprit Alien » et fournir un film digne des précédents. On a l’impression d’être dans la continuité tout en découvrant à chaque fois un nouvel univers car la terreur nous accompagne mais aussi de belles leçons de courage et d’humanité qui font qu’Alien n’est pas qu’un film d’horreur gore et plein de violence mais aussi une vraie histoire avec une trame narrative cohérente savamment mise en images.

Je vous propose de vous parler ensuite du personnage principal du film (et non de la créature principale) avec un article consacré à Ripley.


ambre

May 16

Stephen King (V) : Récurrences

Les lieux de l’intrigue, parlons-en. Car s’il est un élément commun à presque tous les romans de Stephen King, c’est bien la localisation de l’intrigue : le Maine (État du nord des Etats-Unis), diverses petites villes réelles ou imaginaires.

Et en tête vient Derry. Vous savez, cette petite ville sans problème, où les gens vont leur petit bonhomme de chemin, se connaissent tous entre eux, s’entraident ou se débinent (vous en connaissez des petites villes où les rumeurs ne vont pas bon train). Sauf que sous les apparences se cache un nid à terreur (genre la bouche de l’enfer de Sunnydale pour les amoureux de Buffy). Tout a sans doute commencé par Ca et son clown terrifiant tueur d’enfants. Le must avec Ca, c’est que vingt ans après, on remet ça en plus. C’est peut-être à partir de ce moment que Stephen King à tenu à placer ses histoires les plus tordues dans cette bourgade (mais je me trompe sans doute dans la chronologie d’écriture des romans). Ce qui est bien à Derry, c’est qu’il peut y arriver à peu près les choses les plus horribles mais que le train-train quotidien finit toujours par s’y réinstaller et que les habitants finissent toujours plus ou moins par oublier. Du coup, les évènements d’Insomnie, s’ils ne passent pas inaperçus (l’incendie d’un centre d’aide aux femmes battues, ce n’est pas rien tout de même) n’ont pas non plus une impact vraiment durable. On ne s’étonne pas non plus des étranges événements qui surviennent à Haven, une ville toute proche, dans Les Tommyknockers. D’autres histoires ne font que passer à Derry, comme Sac d’os, mais beaucoup y trouvent leurs racines.

À Castle Rock, les habitants semblent avoir un peu plus de mémoire, notamment grâce à ses sheriffs. Ils se rappellent souvent avec des frissons qu’un Saint-Bernard enragé a tué plusieurs personnes dont un petit garçon (Cujo). Et les deux sheriffs qui se succèdent dans cette petite ville au long des histoires de Stephen King, à savoir George Bannerman et Alan Pangborn, ont bien souvent des raisons de s’interroger tant Castle Rock semble un lieu incontournable pour l’étrange, un lieu où convergent les personnages les plus tordus. De fait, s’y déroule l’action de Dead Zone, Le Corps, Le molosse surgi du soleil ou Mémé (nouvelle qui m’a toujours fascinée par sa virtuosité). Bien sûr, le summum est atteint avec l’arrivée de George Starck, l’alter-ego de l’écrivain de La Part des ténèbres et bien plus encore lors de l’installation du Bazaar qui entraîne tous les habitants dans une folie destructrice et meurtrière sous l’impulsion de Flag.

D’autres lieux forment des scènes privilégiées pour Stephen King comme les abords de certains lacs : le lac Dark Score voit se dérouler les événements de Jessie et de Sac d’os, le lac Tashmore ceux de Vue imprenable sur jardin secret, un autre lac est le lieu de l’action de la nouvelle Le Ponton (Brume – et si l’un de vous est capable de me donner le nom du lac… je ne trouve plus mon exemplaire du livre donc je sèche.). Un autre élément très fort qu’utilise Stephen King comme lien entre les récits, les personnages et les lieux est l’éclipse de soleil qui eut lieu le 20 juillet 1963 au-dessus du Maine. Souvenir d’enfance ambigu pour Jessie, moment propice au meurtre de son mari pour Dolores Claiborne, l’éclipse est l’instant rêvé, celui où le temps se suspend et où tout peut arriver, comme dans une parenthèse au cours de laquelle tout se précipite et tout s’arrête à la fois. Peut-être l’éclipse forme-t-elle une de ces fameux rayons de La Tour sombre qui relient les mondes, les êtres, les réalités et les époques.

Quoi qu’il en soit toutes ces récurrences, apparitions multiples de personnages, réalités alternatives relèvent évidemment de la trame d’univers parallèles tissée par Stephen King. Toutes ces récurrences ne sont peut-être finalement rien d’autre que ça : un petit tour sur la marelle de La Tour Sombre à laquelle on finit inévitablement par revenir…

Ambre

May 03

Stephen King (IV) : Récurrences

Pour rester dans la veine des personnages chers à Stephen King, je souhaitais aborder le cas de l’écrivain, héros qui revient inexorablement dans ses ouvrages. Chez l’auteur, on peut se demander si cet usage invétéré n’est pas symptomatique de ses angoisses propres face à la création, surtout lorsqu’il évoque à plusieurs reprises des écrivains victimes du syndrome de la page blanche (La Part des ténèbres, Machine divine à traitement de texte, Sac d’os), alors que lui-même semble ne jamais en souffrir (il me fait plutôt penser à un boulimique de l’écriture). Dans Les Tommyknockers notamment apparaissent deux écrivains, dont l’un connaît cette fameuse angoisse de la page blanche qui le précipite dans l’alcoolisme. Dans Sac d’os, cette peur de l’auteur mais également la réalité de sa panne d’écriture est encore mieux explorée.

D’autres angoisses surgissent parfois. Dans Misery, celle que peut représenter l’attitude des fans (une fan bien particulière en l’occurrence) pour l’auteur. Dans La Part des ténèbres, c’est encore un autre aspect de la vie de Stephen King et de ses craintes qui est révélé puisque l’alter-ego que s’est créé l’écrivain-héros refuse de se laisser enterrer et vient le poursuivre. Ne peut-on y voir ici un reflet de la relation qu’entretient Stephen King avec son propre alter-ego Richard Bachman ? Sans compter les apparitions de l’auteur en personne dans ses propres romans comme La Peau sur les os mais surtout dans Song of Susannah, le sixième tome de La Tour Sombre.

Les auteurs sont donc légion dans les récits de Stephen King, peut-être en guise d’exutoire à ses peurs, mais aussi probablement par facilité d’écriture. Tout d’abord parce qu’un auteur est généralement libre de ses gestes et de son temps. Stephen King peut donc à loisir utiliser ce genre de personnage dans des aventures nécessitant une grande disponibilité. Mais je pense qu’il faut surtout envisager que l’auteur navigue bien souvent dans différentes sphères de la pensée où l’imagination tient une place écrasante. Il est donc plus apte à pénétrer dans le champ du fantastique, non qu’il soit plus crédule, mais parce qu’il sera ouvert à toute idée, toute interprétation, fera preuve de curiosité, d’ingéniosité et de sens pratique à la fois pour se tirer d’embarras. L’écrivain est donc bien le héros par excellence, facile à faire agir, imaginatif et représentant pour Stephen King un miroir de ses angoisses, lui permettant de les exorciser.

D’autres types de personnages peuvent être récurrents. Stephen King aime notamment les femmes qu’il enferme dans une soumission aux hommes qu’elles ont le courage de détruire pour se révéler fortes et indépendantes. C’est le cas de femmes battues comme Rose Madder qui fuit son mari puis s’en débarrasse, comme Dolores Claiborne qui tue le sien, de Helen Deepneau dans Insomnie. Ce sont aussi des femmes soumises comme Jessie ou paumées comme Mattie Devory dans Sac d’os ou Cynthia Smith dans Rose Madder. L’auteur utilise aussi les vieillards qu’il les transforme en vieux sages comme Mère Abigaïl dans Le Fléau ou en héros intrépide comme Loïs Chassey et Ralph Roberts dans Insomnie.

Parmi eux, il y a évidemment les personnages que l’on retrouve d’un roman à l’autre comme le shérif George Bannerman (Le Corps, Dead Zone, Cujo), le shérif Alan Pangborn (La Part des ténèbres, Bazaar), Cynthia Smith (Rose Madder, Désolation), Evelyn Chalmers (Cujo, Le Corps, Bazaar), Patricia Chalmers (Bazaar, Sac d’os, Le molosse surgi du soleil), etc. Ils permettent de consolider l’univers fantastique de Stephen King, de lui donner une cohérence à travers les différents récits qui le traversent et sont un repère pour le lecteur.

Si ces personnages reviennent, c’est aussi parce que l’auteur revient souvent sur les lieux de ses crimes à des époques plus ou moins éloignées et qu’il aime à faire naître ses histoires dans des lieux propices au fantastique ou à l’horreur, spécialement imaginés dans ce but donc.

Les lieux de l’action, vous l’aurez deviné, constitueront le dernier opus (enfin, j’espère) de cette analyse de l’œuvre de Stephen King qui se voulait courte et synthétique (c’est raté je crois, non ?).

 
ambre
April 24

Stephen King (III) : Récurrences

Si La Tour Sombre constitue le fil qui relie les romans de Stephen King entre eux, il est d’autres thèmes récurrents dans son œuvre suffisamment remarquables pour qu’on s’y arrête un petit moment.

Il est avant tout un fait que chacun de ses romans se situe à notre époque, la fin du 20e et le début du 21e siècle (exception faite des Yeux du dragon mais il s’agit là d’un conte) et aux Etats-Unis, voire plus généralement dans le Maine, Etat de résidence de l’auteur, et principalement dans de petites villes américaines moyennes. Ce contexte lui donne tout loisir de décrire cette société américaine contemporaine qu’il connaît bien, l’Amérique profonde des simples gens, et ses idées reçues mêlées à une sagesse provinciale. Il ne se contente d’ailleurs pas de l’utiliser comme toile de fond à ses histoires mais il la décortique bien souvent et, avec une lucidité ravageuse, il dénonce ses vices, sa pudibonderie, son hypocrisie, son culte de la consommation, son mal-être.

C’est cette société dans laquelle nous vivons avec ses craintes et ses angoisses qui donne souvent naissance à l’horreur tapie dans le crâne de l’auteur. Sans doute est-ce parce que ces histoires se situent dans un monde que nous connaissons bien et dans lequel nous évoluons chaque jour qu’elles sont aussi effrayantes, qu’elles atteignent aussi bien leur but. De même, ça doit être parce que ses héros sont des personnages ordinaires à qui il arrive des choses extraordinaires qu’ils nous touchent autant, qu’on est capable de ressentir leurs peurs et leurs angoisses. Stephen King sait utiliser finement ce quotidien, l’environnement des petites villes (ses rumeurs, son fonctionnement entre le maire, le shérif, le commerçant du coin et l’habitant de base) et faire agir des personnages qui nous ressemblent avant toute chose, avant même d’introduire le fantastique ou l’horreur dans le récit. Cette mise en place de chacun de ses romans lui permet ensuite de tirer des ficelles fonctionnant parfaitement bien.

Attardons-nous d’abord sur les personnages de ses livres.

Stephen King aime notamment mettre en scène des enfants sans doute pour la bonne raison que l’enfance est le lieu de nombreuses terreurs et un creuset inextinguible pour l’imagination. Quel enfant n’a jamais cru qu’un monstre le guettait sous son lit ou qu’une maison délabrée était hantée ? L’enfance est aussi ce temps d’innocence où les yeux voient au-delà des apparences, voient les choses telles qu’elles sont réellement. Stephen King utilise à merveille ce temps de vie pour faire connaître à ses personnages des expériences fantastiques ou effrayantes. Ainsi, seul Danny, l’enfant de Shining, perçoit la menace que représente l’hôtel Overlook ; les enfants de Ca sont les seuls à réagir lorsque l’horreur frappe à Derry ; dans Les Tommyknockers, David et son frère résistent bravement ; dans Différentes Saisons, ce sont à nouveau des enfants qui découvrent le cadavre sur la voie ferrée dans la nouvelle Le Corps et l’Elève doué qui fait chanter un nazi. L’héroïne par excellence est peut-être La petite fille qui aimait Tom Gordon, perdue dans la forêt avec un monstre aux trousses. Sans oublier le fabuleux personnages de Jake dans La Tour Sombre.

Stephen King ne se cantonne cependant pas toujours à l’enfance et sait aussi exploiter les incertitudes, les complexes et les difficultés de l’adolescence. Christine voit Arnie, un adolescent mal dans sa peau, trouver un remède à son mal-être à travers son amour pour sa Plymouth Fury 1966. Pour Carrie, l’apparition de pouvoirs télékinésiques correspond à cette période trouble de la vie où se nouent les premières relations amoureuses et où éclatent les conflits parents-enfants. Stephen King aime ces adolescents torturés et se servir de leurs angoisses. On voit souvent surgir en eux l’adolescent brillant mais souffrant de son apparence physique qu’a été l’auteur. Et quand bien même ses héros ne seraient pas des enfants ou des adolescents, il se trouve toujours un personnage pour rappeler que l’enfance n’est jamais très loin chez lui.

 

ambre

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