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29 mars

Bande-dessinée

Pour continuer dans la veine « ce que j’aime », je m’attaquerais aujourd’hui à la bande-dessinée, telle que je la vois et que je la connais, ce genre n’ayant pas été traité lors de mon précédent article sur la SF. Cependant, mes connaissances dans ce domaine étant limitées, cet exposé risque fort de l’être tout autant, d’une part, parce que je ne me contente pas, une nouvelle fois, de ne lire que de la bd et, d’autre part, parce que je n’irai pas faire des recherches pour vous régurgiter les connaissances remâchées d’amateurs bien mieux avertis que moi. Je ne compte pas non plus investir dans les bd manquant à ma culture dans le seul but d’écrire un article plus satisfaisant (l’investissement viendra en temps et heure et sans doute aussi suite à vos conseils). Vous trouverez donc ici quelques informations mais surtout un point de vue, ma façon d’apprécier la bd à défaut d’un exposé exhaustif. A vous de venir le compléter si ça vous chante, et pour mon plus grand plaisir.

 
Je vous expliquerai d’abord pourquoi mes connaissances en matière de bd sont aussi limitées : parce que je suis compliquée. Bon, rien de très nouveau. Je suis hyper exigeante tant du point de vue des graphismes, de l’encrage, que du scénario, de l’écriture et du ton. Autant vous dire qu’il est difficile de trouver des bd réunissant tous ces atouts à mes yeux : mon regard n’étant évidemment pas celui des autres (et vice versa). Du coup, je suis prudente : je ne veux pas me laisser séduire par une belle apparence masquant un vide narratif abyssal et inversement.

Je suis évidemment passée, comme tout le monde, par les incontournables Astérix, Tintin, Lucky Luke et autres Boule et Bill ou Iznogoud. Mais j'apprécie aussi Rahan, Thorgal, XIII, Largo Winch, Yoko Tsuno ou Valérian. Avec le temps, j'ai appris à aimer Philémon (ça, c'est mon goût de l'absurde), Calvin et Hobbes même si j'ai toujours du mal avec Fluide glacial (si ce n'est que je craque totalement pour Carmen Cru et les Bidochon). Adolescente, Servais m'a séduite. C'est sans doute pour ça que je suis tombée raide dingue de Bourgeon. Et plus encore lorsqu'il a abordé la science-fiction avec le Cycle de Cyann. J'aime La quête de l'oiseau du temps et L'épée de cristal. Mais évidemment, ce qui a le plus influencé mon goût pour un certain style de graphisme et un type narratif, c'est ma découverte des comics à l'âge de 7 ans. Je n'ai pour l'heure abordé Bilal que de très loin, et je n'ai touché ni à Gimenez ni à Manara. J'ai laissé de côté beaucoup de choses ces derniers temps. Y compris les comics de la nouvelle génération.

Pour ne pas passer pour une totale ignorante, je vous avouerais que j'ai tout de même plongé, tardivement certes, mon nez dans les mangas (à petite dose et avec circonspection, comme de bien entendu) histoire de voir de quoi il retournait. L'écueil évité des mangas "à l'eau de rose" (Juliette je t'aime et compagnie), j'ai encaissé quelques déceptions avec Gantz (dessin à l'ordinateur et histoire répétitive pour ados en manque de filles nues) et Higanjima (mal dessiné, trop adolescent à mon goût). Mais j'ai aussi découvert des perles avec Monster, DeathNote (même si je suis moins accro), Reset (un seul tome pour ceux qui ont peur d'investir) et surtout surtout 20th century boys, le best, estampillé toutes générations, à l'imagination et au talent débordant. Bon, je ne suis toujours pas de ceux qui empilent les bd dans leur panier de la fnac en se disant que tout est bon dans le cochon...

 
Pourquoi cette prise de temps au lieu d'une gloutonerie ? Tout simplement parce que la bd représente pour moi un mode d'expression très particulier, qui se savoure, vignette par vignette. C'est le mélange de deux formes d'art que j'adore : l'écriture et l'art pictural. C'est un art difficile à maîtriser et vers lequel s'engagent beaucoup trop de personnes trop peu talentueuses actuellement. Nos librairies regorgent de nouvelles bd au travers desquelles il est bien compliqué de faire un choix et de trouver la perle rare. L'accord parfait entre trame narrative et discours pictural. J'en ai rencontré peu dernièrement mais je suis sans doute un peu frileuse : j'ai du mal à me risquer. Je vous conseillerai seulement mes dernières trouvailles : Black Sad de Canales et Guarnido, La dernière cigarette de Nikolavitch et Botta, Rêve de béton de Zezelj, La Chute de la Maison Usher de Nicolas Guillaume, vous vous en serez douté. Des voyages un peu étranges mais qui changent tellement des sentiers battus. Parce que c'est ça que j'aime aussi dans la bd : ne pas forcément lire le must que tout le monde lit mais découvrir la perle que beaucoup ignorent.

ambre
27 mars

Science-fiction

La SF, qu’est-ce que c’est ? Pour beaucoup, il s’agit de space opera avec vaisseaux spatiaux, sabres laser, petits bonhommes verts ou robots. Ces personnes passent, hélas !, à côté du véritable sens de la SF à mon avis. D’abord parce que cette image est faussée : la SF n’a pas besoin de planètes lointaines et de martiens pour exister. Ensuite, parce que son propos varie selon la personne qui le sert et celle qui le reçoit.

 
Pour comprendre un peu mieux la SF, il faut revenir à l’étymologie du mot. On parle d’abord de « fiction » : rien qu’à l’énoncé du mot, on sait qu’on n’est pas dans la réalité, que l’histoire va être inventée de toutes pièces. Vous me direz que tout ce qui est fiction n’est pas SF : en effet, tout roman est a priori fiction. C’est là qu’intervient le mot « science ».
A l’origine, que cherchaient les premiers auteurs de SF ? Si l’on considère Jules Verne ou H. G. Wells, on peut dire qu’ils étaient passionnés de science, de technologie. Ils pensaient sans doute que les progrès de l’homme en ce domaine n’avaient pas de limite. Ils ont tenté d’imaginer ce que pourraient apporter ces avancées technologiques, comment elles seraient exploitées et perçues, quelles aventures elles permettraient de vivre. C’est là la naissance de la science-fiction : imaginer comment les sociétés humaines accueilleraient leurs propres créations, comment elles évolueraient avec elles ou comment elles régresseraient… La SF n’est rien moins que ça : elle parle des hommes et de leur devenir. Mais c’est aussi bien plus.
Il y a, en effet, eu beaucoup de dérives : les auteurs, à travers les époques, ont continué à faire de la SF, avec ou sans la science. Et la SF est devenue un genre à « effets » pour beaucoup (batailles de l’espace, créatures aux dons étranges, voyages interstellaires) ou est restée un genre permettant des extrapolations hyper-réalistes (eh oui !) pour d’autres. Sans compter l’apparition du cinéma, son appropriation des œuvres littéraires pionnières, son inventivité et son utilisation souvent explosive du genre.
Je dirais, pour généraliser (mais tout le monde n’est pas forcé d’être d’accord) que la littérature a toujours plus ou moins bien su continuer à bâtir la SF la plus réaliste possible en imaginant l’impact d’hypothétiques inventions technologiques et même si cela devait nous amener sur de lointaines planètes. Ceci a été vrai pendant longtemps. Ce fut le cas, par exemple, des premières œuvres de SF (et même si leurs auteurs n’avaient pas conscience de faire de la SF mais uniquement de la fiction) comme L'Etrange cas du docteur Jekill et de Mister Hyde de Robert Louis Stevenson, Frankenstein de Mary Shelley, L’homme invisible et La Machine à explorer le temps de H. G. Wells, 20000 lieues sous les mers, Voyage au centre de la Terre et De la Terre à la Lune de Jules Verne, pour ne citer que les plus connus. Mais ce fut aussi le cas de bien d’autres œuvres plus récentes comme 1984 de George Orwell (où on peut voir plutôt de la politique-fiction) et Le meilleur des mondes de Aldous Huxley. Les choses se compliquent avec les auteurs contemporains. Barjavel nous donne une idée de ce que nous aurions pu être face à ce que nous sommes devenus dans La nuit des temps mais aussi de la décadence qui menace notre société dans Ravage. D’autres reconstruisent une société hypothétique sur d’autres mondes comme Isaac Asimov dans le cycle de Fondation qui relève de l’humano-fiction peut-être (abordant la politique, le religieux mais aussi le culturel ou le technologique), bien plus en tous cas que Les Robots. Frank Herbert aussi développe toute une société dans le cycle de Dune, sa grande œuvre, tout comme Dan Simmons dans Hypérion et Endymion. Kim Stanley Robinson préfère plus de réalisme dans le cycle de Mars où comment les hommes peuvent-ils conquérir d’autres planètes pour échapper à la dévastation inéluctable de la Terre. On retrouve ce mélange de réalisme et de SF dans le monument qu’est l’œuvre de Philip K. Dick (voir ses nombreuses nouvelles notamment).
On se trouve ainsi très souvent face à des visions assez pessimistes de l’avenir de l’homme qu’il soit incapable de préserver son milieu (la Terre ou d’autres planètes) ou incapable d’échapper à tous les excès déjà connus pas nos sociétés (capitalisme déshumanisant, joug de la religion, grandeur puis décadence, renversement et reconstruction de systèmes politiques et de sociétés), visions dans lesquelles l’acquisition de nouvelles technologies joue toujours un rôle primordial dans l’évolution des sociétés humaines (suprématie de Fondation sur les autres planètes, obtention d’embryons sans accouplement dans Le meilleur des mondes) mais où la nature a aussi parfois son mot à dire (dévastation du monde d’Eléa et Païkan par un cataclysme naturel dans La Nuit des temps). Ce sont souvent des visions très globalisantes où aucun aspect de nos sociétés n’est négligé, où notre histoire actuelle devient souvent légende, où les croyances perpétuées à travers les siècles continuent à se propager, à varier, à s’agglomérer pour former de nouveaux concepts. Les auteurs semblent trouver passionnante l’idée d’imaginer ce que nos mythes vont devenir, ce que nous allons devenir dans l’esprit de nos descendants, ce que nos systèmes politiques et religieux vont devenir sous l’influence de la technologie mais aussi de l’économie sans compter la dégradation de la Terre que personne n’oublie jamais. Cette Terre qui, bien souvent, devient mystique, planète utopique dont on a perdu la trace (Asimov, Simmons), berceau d’une civilisation dispersée, décimée, éclatée ou en danger.
Le cinéma a, lui, souvent eu une vision beaucoup plus spectaculaire avec une dérive vers le space opera, vers une SF regardant moins vers l’homme. Il a adapté et continue à adapter de grands classiques mais il devient aussi source d’inspiration à son tour. La saga Star Wars ou Star Trek n’ont plus grand chose à voir avec la SF littéraire bien qu’il en existe des livres. On s’attache plus ici aux effets spéciaux et à un univers totalement inédit. Star Wars cherche pourtant à montrer comment évoluent des manipulations politiques quelle que soit la société : ce sont toujours les mêmes complots pour les mêmes buts. Les adaptations sont, de plus, souvent fort éloignées de ce qu’était l’œuvre littéraire originale : rien ne ressemble moins à un roman de Philip K. Dick qu’une adaptation d’un roman de Philip K. Dick ! Je dirais juste que je trouve que le cinéma se laisse un peu trop souvent séduire par l’appel du spectaculaire au détriment de la SF telle qu’elle fut conçue à la base (mais je peux me tromper sur le concept de base !). Et qu’il mélange bien souvent les genres : on ne sait plus bien s’il s’agit de SF ou d’action pure parfois. On aime ou pas. Personnellement, j’apprécie l’aspect cinématographique parce qu’il apporte une autre vision, en décalage avec ce qu’on peut lire, mais aussi souvent une vision de bon sens, de bon goût et beaucoup de créativité. Lorsqu’il innove en créant (et non pas en adaptant), il le fait souvent avec réussite : Stargate, Le Cinquième élément ou Terminator en attestent, pour ne pas parler de Dark City, Bienvenue à Gattaca ou Matrix. On comprend ainsi que l’auteur de SF actuelle puisse puiser dans ce creuset d’idées que le cinéma fournit régulièrement et que littérature et cinéma finissent par s’influencer mutuellement.
 
Bref aperçu qui, je l'espère, ne semblera pas trop incomplet ni insipide aux fans avérés. Il faudrait en passer par tous les courants du genre : peut-être une autre fois.
 
ambre