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November 23 Sur la route de MadisonJ'ai mis longtemps à lire le livre de Robert James Waller. Non que ça ne me plaise pas. Mais bien plutôt parce que j'ai vu le film tiré du livre plusieurs fois avant de m'apercevoir de son existence. ambre July 23 Où le regard ne porte pasVoici une bd d’une qualité rare et d’une beauté à couper le souffle. Un jour, il y a quelques semaines, Max m’a appelé au travail en m’annonçant qu’il allait faire un passage à la fnac pour s’offrir un jeu vidéo. Pfff ! Quel intérêt ? Je crois que je ne comprendrais jamais qu’on balance du fric dans ce genre de trucs. Donc pas très contente au départ, j’ai su tourner la situation à mon avantage. « OK mais alors je veux un cadeau ! - Un cadeau ? Mais quoi comme cadeau ? - J’en sais rien, creuse-toi les méninges mais trouve-moi un chouette cadeau. » Et le soir, elle était là, posée en évidence sur le canapé, n’attendant que moi : l’intégrale. Un beau pavé, ma foi. Une couverture qui inspire la sérénité, une illustration décidée, un titre qui laisse rêveur… Il faut dire que tous les ingrédients sont ici réunis pour faire passer un excellent moment. Ca faisait un bout de temps que je ne m’étais pas autant délectée à la lecture d’une bd. C’est tout ce que j’aime : une narration enlevé, des dialogues qui touchent juste, le sens de l’espace et du temps dans le déroulement de l’histoire, un dessin qui colle parfaitement au style narratif et qui fait la part belle aux personnages mais aussi aux paysages. L’harmonie faite bd. Je me suis laissée entraîner comme une gosse par Lisa et ses trois copains puis je me suis laissée intriguer par leur parcours d’adultes. C’est envoûtant de simplicité et de pureté esthétique. Je n’ai pas grand chose à dire de plus tant j’ai été emballée. Du coup, ce magnifique intégral avec croquis d’Olivier Pont en guise de cerise sur le gâteau à la fin du volume est allé directement rejoindre les Passagers du Vent, Epée de Cristal et autres Quête de l’oiseau du temps au rayon « bd préférées ». Franchement, si vous ne l’avez pas lu, précipitez-vous ou faites-vous offrir ce petit bijou pour Noël. Personnellement, je n’en peux plus de la tonne de bd qui sort chaque mois et qui ne sont que de pales imitations de choses déjà existantes ou qui débitent de la bd pour de la bd avec un graphisme à vomir et des scénarios qui ne tiennent pas debout. Alors, pour une fois qu’on a affaire à une œuvre originale et sublime à la fois…
ambre July 06 Alien (V) : l'EtrangerMais ce que nous apprenons tout au long des films, c’est ce qu’est réellement une alien : les créateurs l’ont doté d’une vraie personnalité, ont imaginé son mode de vie, de reproduction, lui ont donné tous les éléments le rendant « possible ». Qu’en apprenons-nous ? L’alien serait une sorte d’insecte de par son mode de vie et de reproduction. Les créatures vivent en effet en colonie réunie autour d’une reine dont l’activité principale consiste à pondre des œufs devant donner naissance à de nouvelles créatures (tiens, tiens, ce ne vous rappelle rien ? Un petit effort… vous avez bien étudié les abeilles au primaire ?). Ses enfants l’approvisionnent en hôtes (les hommes enlevés ne sont donc pas tués de suite mais immobilisés et gardés en vie), destinés à mourir lors de la naissance du jeune alien et à servir ensuite de nourriture. On retrouve ici le comportement de certaines punaises ainsi que de l’araignée. Mais les choses sont plus compliquées que ça lorsqu’on s’intéresse au mécanisme de reproduction. La reine pond donc des œufs (vous aviez suivi jusque là j’espère sinon, je ne peux rien faire pour vous) qui, lorsqu’ils éclosent, ne libèrent pas d’alien mais un « parasite » qui se fixe sur un hôte pour déposer dans son corps un embryon d’alien. Celui-ci se développe en quelques jours puis perce la cage thoracique de l’hôte pour s’en extraire. Il s’agit d’un mode de reproduction complexe que j’ai tendance à assimiler (peut-être à tort) à celui des abeilles pour ce qui est de la reine pondeuse et des papillons pour ce qui est des étapes multiples. Ensuite, le petit alien devient rapidement très grand et fort après avoir connu quelques mues (un petit côté serpent qui complète sympathiquement le tableau). Mais on apprend aussi plein de choses sur l’alien. On sait, par exemple, qu’il craint le feu, qu’il est capable de nager, qu’il sait faire preuve d’intelligence : il s’abstient d’attaquer lorsque les œufs et donc l’avenir de la colonie sont menacés (Aliens), ne s’en prend pas non plus aux hôtes susceptibles de donner naissance à une reine ou à un congénère (Alien 3), il est capable de sacrifier un des siens pour recouvrer la liberté (Résurrection) et a une certaine aptitude à l’apprentissage et à la reproduction des gestes (de l’utilité des gros boutons rouges dans Résurrection). C’est aussi une créature laborieuse qui élabore des constructions à son image (Aliens) susceptibles d’accueillir une reine et des hôtes. Mais, bien sûr, son aptitude la plus marquante est son don pour la chasse, seul ou en groupe, son agressivité n’ayant d’égal que son insatiable goût pour la viande fraîche. Certaines questions restent cependant sans réponse. On ne connaît en effet toujours pas l’origine des aliens. On ne sait pas non plus qui étaient les êtres transportant les œufs dans le premier film ni dans quel but ils le faisaient. Ou comment finit un monde colonisé par les aliens. On peut imaginer bien des réponses… à vous les suggestions ! ambre June 18 Alien (IV) : l'EtrangerOn en arrive enfin au cœur du sujet, à savoir la méchante bêbête qui fait peur à tout le monde, j’ai nommé l’Etranger (ou l’alien). A présent que le décor est planté (l’espace et, si possible, des mondes hostiles ou des vaisseaux spatiaux), que les personnages sont là (des fiers-à-bras, de cupides idiots et une héroïne), nous voici prêts à introduire l’élément perturbateur, celui qui va faire courir tout le monde dans tous les sens, hurler de terreur les plus sensibles et mettre les nerfs de chacun à rude épreuve. Car c’est sans doute là la recette de tout bon film d’épouvante : savoir perturber un environnement qui devrait rester stable et y faire advenir l’inattendu, l’inimaginable et, si possible, l’horrifique. Pour Alien, ça fonctionne à merveille en tous cas. La créature qui vient semer la pagaille ici est, comme tout un chacun le sait, directement inspirée de l’œuvre de H. G. Giger et de ses tableaux infernaux plus précisément. Sur le plan esthétique, on retrouve un nombre impressionnant d’éléments : un manque de vision nette de la créature qui se fond dans le décor, des détails plus perceptibles que d’autres comme les écailles (brillantes, elles reflètent la lumière qui les entourent et absorbent l’obscurité d’où le manque de visibilité), la queue (qui ressemble à un alignement de vertèbres proéminentes et menaçantes) et surtout la tête, démesurément allongée, à la mâchoire dévoilée et terrifiante. Cette créature, du fait de sa visibilité réduite, peut aisément être interprétée en trois dimensions et en mouvement par les réalisateurs et les chargés d’effets spéciaux sans pour autant dénaturer l’œuvre de Giger. Elle se déplace donc à une vitesse redoutable, fait preuve d’une grande agilité, est capable de se servir autant de ses mains que de sa queue, a des dons de contorsionniste et d’acrobate. On lui ajoute une mâchoire intérieure à la première, une forte sécrétion de « bave » mettant en valeur ses dents acérées et on décide qu’un acide destructeur coule dans ses veines. On lui prête une agressivité sans pareille et de remarquables dons pour la chasse (à l’homme s’entend). Voici un monstre tel qu’on les aime, prêt à effrayer tout le monde (Godzilla n’a qu’à bien se tenir !). Ne reste qu’à le faire entrer dans l’histoire et à découvrir son mode de vie… On rencontre l’alien d’abord sur le Nostromo après que Dallas, Kayne et Lambert aient découvert un vaisseau dont l’équipage a été décimé sur LV426 et aient approché son étrange cargaison d’œufs translucides. A partir du moment où il perce la poitrine de son hôte, l’alien n’a de cesse de semer la terreur. Il y parvient particulièrement bien dans le premier film. Dans le deuxième, l’horreur est multipliée car ce sont des hordes de créatures qui se sont développées sur LV426 grâce aux colons envoyés par la Compagnie. On apprend à l’occasion comment se reproduisent les aliens et à quoi peut ressembler une de leurs reines. Et quelle reine ! C’est un être d’une beauté majestueuse que nous offrent les créateurs : la tête totalement disproportionnée est couronnée par un crâne démesuré, le corps est quasiment inexistant, réduit au minimum vital tant la place nécessaire à l’abdomen est importante. On y voit se développer les centaines d’œufs que va pondre la reine par transparence en un chapelet impressionnant. Dans le troisième film, on découvre que les aliens ressemblent étrangement aux hôtes qui les ont abrités avant qu’ils naissent : celui qui sème la panique ici est issu d’un chien et se déplace donc différemment de ceux que Ripley a rencontrés auparavant. ambre June 14 Alien (III) : RipleySi on a pu voir en Ripley, dans les débuts, l’antithèse du héros (surtout si l’on considère qu’à l’époque de sortie du premier film, les héros s’appelaient plutôt Rambo, Conan ou Bruce Lee), elle est devenue avec le temps l’héroïne par excellence, allant jusqu’à voler la vedette à la créature et être l’élément incontournable de la saga. On ne sait plus très bien s’il s’agit de films d’horreur et de science-fiction ou de l’histoire extraordinaire de cette femme ordinaire à l’origine. C’est sans doute une des plus grandes réussites des créateurs que d’avoir choisi de faire du héros une héroïne (ce qui n’était pas prévu au départ) : c’est une surprise pour le spectateur, c’est un formidable pari. Bien sûr, le choix de l’actrice y est pour beaucoup. Sigourney Weaver a su incarner Ripley de la plus belle des façons : lumineuse, pleinement consciente des ambiguïtés de son personnage (qui fait face à des gros durs sans trembler mais ne peut quitter le vaisseau sans son chat). Capable de se montrer désespérément féroce et profondément sensible à la fois, elle utilise au fil des films une palette dramatique extrêmement large et savamment dosée qui va bien au-delà des numéros de fiers-à-bras ou de jeune fille effrayée hurlant à l’approche du monstre. En femme de tête, elle rayonne et se montre d’une virtuosité sans pareille sans jamais plonger du côté « maître de guerre » intransigeant et insensible. Sigourney Weaver sait nous rappeler que Ripley est une femme capable de sentiments maternels (avec Newt dans Aliens) ou amoureux (avec Clement dans Alien3), de profonds moments de désespoir sans perdre de vue le danger et la force qu’on réclame d’elle. Il n’y a guère que dans le quatrième épisode que les choses changent du fait de la double nature du personnage qui finit par se complaire dans le nid de la reine alien, reconnaître les créatures comme des frères, adopter pour partie leur comportement animal (ses mouvements de tête sont terrifiants) sans renier son côté humain. On peut même penser que ce sont seulement les souvenirs se celle qu’elle était avant de mourir qui la retiennent de passer du côté de l’animal sensuel qu’elle aimerait peut-être être. ambre May 31 Alien (II) : RipleyJe crois que pour moi comme pour la majorité des personnes, Alien, c’est une héroïne face à un monstre (je schématise un peu mais avouez que c’est d’abord à ça que vous pensez quand on vous en parle), une histoire de sang et d’horreur où, paradoxalement, les deux ennemis finissent par être tellement liés qu’on ne sait plus vraiment s’ils sont unis par la haine ou l’habitude (à défaut d’amour). La haine est bien présente, dès le premier film, le chef-d’œuvre signé Ridley Scott, avec la découverte de l’Etranger par un vaisseau de transport de marchandises. Avec la haine va la terreur moite et froide, la course-poursuite dans un vaisseau désert et la farouche volonté de survie de Ripley incarnée par une Sigourney Weaver que l’on découvre forte, impitoyable et courageuse. C’est à ce personnage que vont désormais s’attacher les réalisateurs qui succèdent à Ridley Scott. Pourquoi elle ? Parce que c’est une femme, parce qu’elle ne sait rien faire d’autre que conduire des robots de charge et surtout pas se battre (au début s’entend) mais qu’elle est intelligente et la première à comprendre la menace que représente l’alien. Parce qu'elle a un caractère bien trempé et un charisme de leader dès le premier opus de la saga. Surtout parce que c’est le dernier personnage qu’on s’attend à voir survivre à la fin des films, du moins c’est ce que pensent les personnages qui l’accompagnent (comme les marines du deuxième épisode qui la surnomment Blanche-Neige), un véritable anti-héros finalement jamais présentée comme l’héroïne a priori (Ridley Scott ne la différencie des autres membres de l’équipage que très tardivement). Bien sûr, le personnage de Ripley évolue. Dans Aliens, elle apprend à se battre, à utiliser des armes et se montre d’une férocité rare et d’une incroyable humanité, survivant à tous les marines venus avec elle exterminer les hordes de créatures ayant envahi LV426, prête à affronter la reine alien pour sauver une petite fille. On la sent encore fragile : elle croit encore que les dirigeants de la compagnie peuvent avoir de louables intentions, elle a encore l’énergie de se révolter et de combattre les évidences alors que, dans le troisième volet, elle se montre désabusée, sans illusion et, si elle se bat, c’est avec la force du désespoir car, désespérée, elle l’est alors qu’elle n’a jamais été aussi proche de son ennemi. Lumineuse comme rarement, elle montre à la fois une force incroyable et une faiblesse profonde face à ses responsabilités : ses larmes sont celles d’une femme fatiguée de devoir se battre et de ne voir se dérouler devant elle que le même combat sans espoir de répit. Elle le dit à l’alien lors d’une des confrontations du film : « Il y a si longtemps que vous êtes dans ma vie que je ne peux me souvenir de rien d’autre. » Résurrection voit se dresser une nouvelle Ripley, celle ressuscitée par des scientifiques dans une station spatiale afin de redonner naissance au dernier alien tué par cette dernière. L’un ne va pas sans l’autre et le cauchemar peut reprendre vie. Mais, pour Ripley, il a une nouvelle saveur associant la naïveté d’une nouveau-né aux souvenirs effrayants d’une Ripley morte d’avoir combattu les créatures. Sigourney Weaver montre une fois de plus l’étendue de son talent avec une grâce animale, une férocité où il n’est fait nulle place aux remords et une fragilité liée à la douleur de la renaissance malgré elle et la certitude de savoir que nulle paix ne lui sera accordée (l’acharnement des scientifiques est bien visible dans le musée des horreurs qu’elle brûle afin d’en effacer l’atrocité). Ses rapports avec les aliens sont plus troubles que jamais car elle est à la fois leur mère et sœur et leur pire ennemie. Elle finit par préférer le côté des hommes mais l’ambiguïté demeure quant à sa double nature. Son côté alien exacerbe chez elle une sensualité et une animalité toutes neuves : elle n’est plus seulement la femme soldat forte et déterminée, elle est aussi instinct, ressenti et sensibilité à fleur de peau ainsi qu’une nouvelle combattante plus redoutable que jamais. ambre May 23 Alien (I) : Les films"Dans l’espace, personne ne vous entend crier." C’est par là que tout a commencé. Par une terreur sourde, un huis-clos fascinant auquel il est difficile de s’arracher, un cauchemar pire que vos cauchemars. Personnellement, j’ai découvert la saga Alien sur le tard. C’est parti d’un appel de mon oncle cinéphile (ce qui a été le cas pour à peu près toutes mes découvertes cinématographiques de l’adolescence) : « Tu as vu le dernier Alien ? Ceci étant posé et avant de commencer à vous parler de l’héroïque Sigourney Weaver et de la méchante bêbête qui fait peur à tout le monde, je voulais faire un tour d’horizon des films et de leur esprit. La saga Alien démarre avec Le huitième passager signé par un jeune réalisateur qui va se révéler fort talentueux et qui n’est autre que Ridley Scott. Il réalise là un film tout en tension dramatique, un huis-clos mémorable où les membres de l’équipage du vaisseau de transport Nostromo sont violemment tués les uns après les autres par l’Etranger, une créature ramenée à bord par l’un des leurs. Ce film est d’une pureté rare. Plutôt que de faire dans l’horreur totale, Ridley Scott suggère et les scènes où la créature est distinctement visible sont très rares. On entend des cris, on suit des courses-poursuites effrénées, on se perd dans les couloirs aseptisés et les soutes peu ragoûtantes du vaisseau. La seule véritable scène visuellement choquante est sans doute celle du dîner où l’Alien apparaît pour la première fois, en perçant la cage thoracique de son hôte. C’est un film blanc, aseptisé (comme je l’ai déjà dit) où le décor froid et trop propre contraste avec la terreur qui s’y déchaîne. L’absence quasi totale de musique et les longues plages de silence ajoutent beaucoup à l’atmosphère oppressante (on entend trop bien la respiration hachée des personnages). C’est un film très esthétique et qui atteint parfaitement son but : tenir le spectateur en haleine, le surprendre et lui faire connaître la peur. Aliens inaugure un ton totalement différent avec la découverte du phénomène James Cameron. Il aime déjà les grosses machines qui font boum et ça se voit. Au-delà du tape-à-l’œil, il signe un film se situant dans la lignée du premier : il a gardé l’héroïque Ripley mais il a multiplié les méchants aliens (d’où le pluriel du titre). Ce film est un contraste entre un décor bleu en surface et rouge synonyme de fournaise dans les sous-sols où est installé le nid des aliens (également avec des explosions aux flammes étincelantes). Les Aliens se fondent parfaitement dans ce fond bleu métallique et grouillent dans les gaines d’aération et dans les sous-sols du complexe de terraformation. C’est encore une course-poursuite mais sans huis clos cette fois. On est cependant face à l’horreur de l’extermination en règle des colons vécue à travers les yeux d’une petite fille. Le visage cupide et irresponsable de la Compagnie prend toute sa dimension avec le personnage de Beurk (dans ma tête, ça s’écrit comme ça tellement je l’aime pas), Ripley s’affirme et on apprend plus de choses sur la société des aliens (qui sera étudiée en détails plus tard). Alien 3 reste pour moi le chef-d’œuvre absolu même si je sais que je vais contre l’avis de la majorité. Peut-être mon jugement est-il influencé par le fait que ce soit le premier opus que j’ai vu au cinéma. Toujours est-il que c’est ce film qui m’a fait tomber dans le chaudron alienesque. Peut-être parce que cet épisode est plus désenchanté, parce qu’il se situe dans un univers totalement marginal (celui de la prison abandonnée Fiorina 161) où aucune règle n’a vraiment cours, peut-être parce qu’il permet de retrouver le huis clos qui fait trembler tout spectateur. Ripley y apparaît plus désespérée mais aussi plus lumineuse que jamais avec son crâne rasé et ses bleus au cœur et à l’âme alors qu’elle doit affronter une toute nouvelle sorte d’alien dans l’atmosphère confinée de la prison qu’on voit rouiller sur place et tomber en lambeaux en même temps qu’elle revient à la vie pour cet ultime combat. Le film est rouille (ou rouge, comme vous préférez). Il est réalisé avec une virtuosité rare par un de mes réalisateurs favoris, David Fincher. Les effets de caméra sont éblouissants, la narration fait la part belle aux surprises et rebondissements. Ici meurent toutes les illusions, « dans le trou du cul de l’univers », où rien de bon ne peut plus arriver. C’est sans doute pour ça que ces bannis de l’humanité trouvent le courage de se battre alors qu’ils n’ont rien à gagner : ni la vie, ni la mort. C’est un dosage idéal entre fatalisme et espoir, entre combat sanglant et marques d’humanité. Les visions de l’alien sont fugitives autant que la dernière vision de Ripley est nette, portée par une musique intense. Une séquelle qui atteint parfaitement son but de terreur et revient à un format plus classique : le huis clos, dans une durée raisonnable (contrairement au deuxième opus) avec une fin inattendue. La Résurrection est le film que personne ne pensait pouvoir exister (enfin, pas moi en tous cas) étant donné la fin du précédent : plus de Ripley, plus d’Alien, comment continuer ? Pourtant, Jean-Pierre Jeunet l’a fait et bien fait, à sa façon, une fois de plus décriée mais tellement sublime. Il exprime tout l’art du réalisateur qu’il est dans un film vert et froid comme l’est devenue la nouvelle Ripley. Il imagine des savants fous (ils me font penser à ceux de L’Armée des 12 singes, étrangement) enfermés dans une station expérimentale pour redonner naissance aux aliens exterminés par Ripley mais ne pouvant éviter de donner également vie à Ripley. Lorsque les aliens commencent à semer la panique dans la station, Ripley reprend les armes et se fait aider de contrebandiers ainsi que d’un cyborg (Winona Rider) pour échapper au carnage. Là encore, la réalisation relève du grand art avec un savant dosage entre action et mise en avant de l’humanité des personnages face à la froide agressivité des créatures, une utilisation judicieuse de la caméra et de ses effets. On a le cœur qui bat très fort alors que les personnages courent dans les galeries de la station et que le compte à rebours (encore un !) les menace. On a d’ailleurs le cœur qui bat au visionnage de chacun de ces films et c’est en ça que la saga est réussie malgré les changements de réalisateurs. Chacun a su rester dans « l’esprit Alien » et fournir un film digne des précédents. On a l’impression d’être dans la continuité tout en découvrant à chaque fois un nouvel univers car la terreur nous accompagne mais aussi de belles leçons de courage et d’humanité qui font qu’Alien n’est pas qu’un film d’horreur gore et plein de violence mais aussi une vraie histoire avec une trame narrative cohérente savamment mise en images. Je vous propose de vous parler ensuite du personnage principal du film (et non de la créature principale) avec un article consacré à Ripley.
May 16 Stephen King (V) : RécurrencesLes lieux de l’intrigue, parlons-en. Car s’il est un élément commun à presque tous les romans de Stephen King, c’est bien la localisation de l’intrigue : le Maine (État du nord des Etats-Unis), diverses petites villes réelles ou imaginaires. Et en tête vient Derry. Vous savez, cette petite ville sans problème, où les gens vont leur petit bonhomme de chemin, se connaissent tous entre eux, s’entraident ou se débinent (vous en connaissez des petites villes où les rumeurs ne vont pas bon train). Sauf que sous les apparences se cache un nid à terreur (genre la bouche de l’enfer de Sunnydale pour les amoureux de Buffy). Tout a sans doute commencé par Ca et son clown terrifiant tueur d’enfants. Le must avec Ca, c’est que vingt ans après, on remet ça en plus. C’est peut-être à partir de ce moment que Stephen King à tenu à placer ses histoires les plus tordues dans cette bourgade (mais je me trompe sans doute dans la chronologie d’écriture des romans). Ce qui est bien à Derry, c’est qu’il peut y arriver à peu près les choses les plus horribles mais que le train-train quotidien finit toujours par s’y réinstaller et que les habitants finissent toujours plus ou moins par oublier. Du coup, les évènements d’Insomnie, s’ils ne passent pas inaperçus (l’incendie d’un centre d’aide aux femmes battues, ce n’est pas rien tout de même) n’ont pas non plus une impact vraiment durable. On ne s’étonne pas non plus des étranges événements qui surviennent à Haven, une ville toute proche, dans Les Tommyknockers. D’autres histoires ne font que passer à Derry, comme Sac d’os, mais beaucoup y trouvent leurs racines. À Castle Rock, les habitants semblent avoir un peu plus de mémoire, notamment grâce à ses sheriffs. Ils se rappellent souvent avec des frissons qu’un Saint-Bernard enragé a tué plusieurs personnes dont un petit garçon (Cujo). Et les deux sheriffs qui se succèdent dans cette petite ville au long des histoires de Stephen King, à savoir George Bannerman et Alan Pangborn, ont bien souvent des raisons de s’interroger tant Castle Rock semble un lieu incontournable pour l’étrange, un lieu où convergent les personnages les plus tordus. De fait, s’y déroule l’action de Dead Zone, Le Corps, Le molosse surgi du soleil ou Mémé (nouvelle qui m’a toujours fascinée par sa virtuosité). Bien sûr, le summum est atteint avec l’arrivée de George Starck, l’alter-ego de l’écrivain de La Part des ténèbres et bien plus encore lors de l’installation du Bazaar qui entraîne tous les habitants dans une folie destructrice et meurtrière sous l’impulsion de Flag. D’autres lieux forment des scènes privilégiées pour Stephen King comme les abords de certains lacs : le lac Dark Score voit se dérouler les événements de Jessie et de Sac d’os, le lac Tashmore ceux de Vue imprenable sur jardin secret, un autre lac est le lieu de l’action de la nouvelle Le Ponton (Brume – et si l’un de vous est capable de me donner le nom du lac… je ne trouve plus mon exemplaire du livre donc je sèche.). Un autre élément très fort qu’utilise Stephen King comme lien entre les récits, les personnages et les lieux est l’éclipse de soleil qui eut lieu le 20 juillet 1963 au-dessus du Maine. Souvenir d’enfance ambigu pour Jessie, moment propice au meurtre de son mari pour Dolores Claiborne, l’éclipse est l’instant rêvé, celui où le temps se suspend et où tout peut arriver, comme dans une parenthèse au cours de laquelle tout se précipite et tout s’arrête à la fois. Peut-être l’éclipse forme-t-elle une de ces fameux rayons de La Tour sombre qui relient les mondes, les êtres, les réalités et les époques. Quoi qu’il en soit toutes ces récurrences, apparitions multiples de personnages, réalités alternatives relèvent évidemment de la trame d’univers parallèles tissée par Stephen King. Toutes ces récurrences ne sont peut-être finalement rien d’autre que ça : un petit tour sur la marelle de La Tour Sombre à laquelle on finit inévitablement par revenir… Ambre May 03 Stephen King (IV) : RécurrencesPour rester dans la veine des personnages chers à Stephen King, je souhaitais aborder le cas de l’écrivain, héros qui revient inexorablement dans ses ouvrages. Chez l’auteur, on peut se demander si cet usage invétéré n’est pas symptomatique de ses angoisses propres face à la création, surtout lorsqu’il évoque à plusieurs reprises des écrivains victimes du syndrome de la page blanche (La Part des ténèbres, Machine divine à traitement de texte, Sac d’os), alors que lui-même semble ne jamais en souffrir (il me fait plutôt penser à un boulimique de l’écriture). Dans Les Tommyknockers notamment apparaissent deux écrivains, dont l’un connaît cette fameuse angoisse de la page blanche qui le précipite dans l’alcoolisme. Dans Sac d’os, cette peur de l’auteur mais également la réalité de sa panne d’écriture est encore mieux explorée. D’autres angoisses surgissent parfois. Dans Misery, celle que peut représenter l’attitude des fans (une fan bien particulière en l’occurrence) pour l’auteur. Dans La Part des ténèbres, c’est encore un autre aspect de la vie de Stephen King et de ses craintes qui est révélé puisque l’alter-ego que s’est créé l’écrivain-héros refuse de se laisser enterrer et vient le poursuivre. Ne peut-on y voir ici un reflet de la relation qu’entretient Stephen King avec son propre alter-ego Richard Bachman ? Sans compter les apparitions de l’auteur en personne dans ses propres romans comme La Peau sur les os mais surtout dans Song of Susannah, le sixième tome de La Tour Sombre. Les auteurs sont donc légion dans les récits de Stephen King, peut-être en guise d’exutoire à ses peurs, mais aussi probablement par facilité d’écriture. Tout d’abord parce qu’un auteur est généralement libre de ses gestes et de son temps. Stephen King peut donc à loisir utiliser ce genre de personnage dans des aventures nécessitant une grande disponibilité. Mais je pense qu’il faut surtout envisager que l’auteur navigue bien souvent dans différentes sphères de la pensée où l’imagination tient une place écrasante. Il est donc plus apte à pénétrer dans le champ du fantastique, non qu’il soit plus crédule, mais parce qu’il sera ouvert à toute idée, toute interprétation, fera preuve de curiosité, d’ingéniosité et de sens pratique à la fois pour se tirer d’embarras. L’écrivain est donc bien le héros par excellence, facile à faire agir, imaginatif et représentant pour Stephen King un miroir de ses angoisses, lui permettant de les exorciser. D’autres types de personnages peuvent être récurrents. Stephen King aime notamment les femmes qu’il enferme dans une soumission aux hommes qu’elles ont le courage de détruire pour se révéler fortes et indépendantes. C’est le cas de femmes battues comme Rose Madder qui fuit son mari puis s’en débarrasse, comme Dolores Claiborne qui tue le sien, de Helen Deepneau dans Insomnie. Ce sont aussi des femmes soumises comme Jessie ou paumées comme Mattie Devory dans Sac d’os ou Cynthia Smith dans Rose Madder. L’auteur utilise aussi les vieillards qu’il les transforme en vieux sages comme Mère Abigaïl dans Le Fléau ou en héros intrépide comme Loïs Chassey et Ralph Roberts dans Insomnie. Parmi eux, il y a évidemment les personnages que l’on retrouve d’un roman à l’autre comme le shérif George Bannerman (Le Corps, Dead Zone, Cujo), le shérif Alan Pangborn (La Part des ténèbres, Bazaar), Cynthia Smith (Rose Madder, Désolation), Evelyn Chalmers (Cujo, Le Corps, Bazaar), Patricia Chalmers (Bazaar, Sac d’os, Le molosse surgi du soleil), etc. Ils permettent de consolider l’univers fantastique de Stephen King, de lui donner une cohérence à travers les différents récits qui le traversent et sont un repère pour le lecteur. Si ces personnages reviennent, c’est aussi parce que l’auteur revient souvent sur les lieux de ses crimes à des époques plus ou moins éloignées et qu’il aime à faire naître ses histoires dans des lieux propices au fantastique ou à l’horreur, spécialement imaginés dans ce but donc. Les lieux de l’action, vous l’aurez deviné, constitueront le dernier opus (enfin, j’espère) de cette analyse de l’œuvre de Stephen King qui se voulait courte et synthétique (c’est raté je crois, non ?). ambre April 24 Stephen King (III) : RécurrencesSi La Tour Sombre constitue le fil qui relie les romans de Stephen King entre eux, il est d’autres thèmes récurrents dans son œuvre suffisamment remarquables pour qu’on s’y arrête un petit moment.
Il est avant tout un fait que chacun de ses romans se situe à notre époque, la fin du 20e et le début du 21e siècle (exception faite des Yeux du dragon mais il s’agit là d’un conte) et aux Etats-Unis, voire plus généralement dans le Maine, Etat de résidence de l’auteur, et principalement dans de petites villes américaines moyennes. Ce contexte lui donne tout loisir de décrire cette société américaine contemporaine qu’il connaît bien, l’Amérique profonde des simples gens, et ses idées reçues mêlées à une sagesse provinciale. Il ne se contente d’ailleurs pas de l’utiliser comme toile de fond à ses histoires mais il la décortique bien souvent et, avec une lucidité ravageuse, il dénonce ses vices, sa pudibonderie, son hypocrisie, son culte de la consommation, son mal-être. C’est cette société dans laquelle nous vivons avec ses craintes et ses angoisses qui donne souvent naissance à l’horreur tapie dans le crâne de l’auteur. Sans doute est-ce parce que ces histoires se situent dans un monde que nous connaissons bien et dans lequel nous évoluons chaque jour qu’elles sont aussi effrayantes, qu’elles atteignent aussi bien leur but. De même, ça doit être parce que ses héros sont des personnages ordinaires à qui il arrive des choses extraordinaires qu’ils nous touchent autant, qu’on est capable de ressentir leurs peurs et leurs angoisses. Stephen King sait utiliser finement ce quotidien, l’environnement des petites villes (ses rumeurs, son fonctionnement entre le maire, le shérif, le commerçant du coin et l’habitant de base) et faire agir des personnages qui nous ressemblent avant toute chose, avant même d’introduire le fantastique ou l’horreur dans le récit. Cette mise en place de chacun de ses romans lui permet ensuite de tirer des ficelles fonctionnant parfaitement bien.
Attardons-nous d’abord sur les personnages de ses livres.
Stephen King aime notamment mettre en scène des enfants sans doute pour la bonne raison que l’enfance est le lieu de nombreuses terreurs et un creuset inextinguible pour l’imagination. Quel enfant n’a jamais cru qu’un monstre le guettait sous son lit ou qu’une maison délabrée était hantée ? L’enfance est aussi ce temps d’innocence où les yeux voient au-delà des apparences, voient les choses telles qu’elles sont réellement. Stephen King utilise à merveille ce temps de vie pour faire connaître à ses personnages des expériences fantastiques ou effrayantes. Ainsi, seul Danny, l’enfant de Shining, perçoit la menace que représente l’hôtel Overlook ; les enfants de Ca sont les seuls à réagir lorsque l’horreur frappe à Derry ; dans Les Tommyknockers, David et son frère résistent bravement ; dans Différentes Saisons, ce sont à nouveau des enfants qui découvrent le cadavre sur la voie ferrée dans la nouvelle Le Corps et l’Elève doué qui fait chanter un nazi. L’héroïne par excellence est peut-être La petite fille qui aimait Tom Gordon, perdue dans la forêt avec un monstre aux trousses. Sans oublier le fabuleux personnages de Jake dans La Tour Sombre.
Stephen King ne se cantonne cependant pas toujours à l’enfance et sait aussi exploiter les incertitudes, les complexes et les difficultés de l’adolescence. Christine voit Arnie, un adolescent mal dans sa peau, trouver un remède à son mal-être à travers son amour pour sa Plymouth Fury 1966. Pour Carrie, l’apparition de pouvoirs télékinésiques correspond à cette période trouble de la vie où se nouent les premières relations amoureuses et où éclatent les conflits parents-enfants. Stephen King aime ces adolescents torturés et se servir de leurs angoisses. On voit souvent surgir en eux l’adolescent brillant mais souffrant de son apparence physique qu’a été l’auteur. Et quand bien même ses héros ne seraient pas des enfants ou des adolescents, il se trouve toujours un personnage pour rappeler que l’enfance n’est jamais très loin chez lui.
ambre April 20 Stephen King (II) : La Tour SombreSi vous cherchez la clef qui donne un sens à l’œuvre de Stephen King, elle est là, dans la quête de Roland vers la mystérieuse tour sombre dans le sillage de Flag. Vous apprendrez que le gros méchant qui tire les ficelles de Bazaar et de l’inimitable Les Yeux du dragon est le même Flag qui sévit dans Le Fléau et son monde dévasté que traversent Roland, Eddie, Susan, Jake et Ote à la suite de Flag, etc. C’est sans doute dans Le Fléau que les connexions sont les plus flagrantes d’ailleurs. La Tour Sombre est ainsi considérée comme le chef-d’œuvre absolu de King pour son envergure mais elle ne l’est pas seulement à ce titre ou juste parce qu’elle donne une vision privilégiée de son art. Elle l’est surtout parce qu’elle parle d’une quête insensée à travers non pas un mais plusieurs univers qui se percutent et où toutes les légendes se retrouvent, des cow-boys du Far West aux morts vivants de nos films d’horreur, des boules de cristal des médiums aux preux chevaliers et rois sages du Moyen-Age, du Magicien d’Oz au sens le plus secret de nos vieilles devinettes, des Mad Max urbains aux tireurs de cartes et aux goules… Tout ce qui peut hanter notre imaginaire se retrouve dans cette quête irréelle et hallucinante pleine de violence, d’humanité et de sensations liées à l’enfance, à ses terreurs, à ses bonheurs. En somme, King a mis tout ça dans un grand sac et a secoué très fort pour tout mélanger. Le résultat est plutôt barré mais tellement magnifique qu’on en a le souffle coupé. C’est ça le tour de force. Ce qui fait aussi le charme de La Tour Sombre, c’est que rien ne ressemble moins à un Stephen King que ce monument. Ce que j’ai pu adorer Le Pistolero. Son style si pur, si net. Pas du tout celui du Stephen King d’aujourd’hui qui se sent obligé de détailler la moindre chose jusqu’à en atteindre une exaspérante lourdeur parfois (heureusement que les histoires sont fabuleuses). L’essentiel et le beau cohabitent dans le premier opus de La Tour Sombre. On les retrouve encore par la suite. Et puis, il faut l’avouer, peu à peu, ça se dégrade. On sent dans Le Pistolero le jeune auteur en quête de lui-même et tellement libre. Déjà, dans Magie et cristal, il ne reste que l’écrivain rôdé, sûr de ses ficelles, en usant et en abusant. Il n’y a qu’à voir les proportions toujours plus larges de chaque tome pour s’en convaincre. Je n’en suis pas déçue pour autant. Car ce que King a su préserver c’est l’inédit, la surprise au détour de chaque page, le certitude de ne jamais savoir à quoi s’attendre. La Tour Sombre reste un must dans l’art du grand n’importe quoi, du fourre-tout imaginaire et du haletant à n’en plus pouvoir. King a du mal à retenir ses personnages pour notre plus grand plaisir. Je regrette un peu la disparition du style de départ que j’aimais tant et qu’il n’a pas su conserver mais j’adore toujours Roland et son univers déchiré. Voilà pour La Tour Sombre. J’espère que vous l’aimerez autant que moi. Bonne lecture à ceux qui décideront de se lancer ou à ceux qui sont déjà dans le bain. ambre April 19 Stephen King (I) : La Tour Sombre"You'll write many stories, but everyone will be to some greater or lesser degree about this story", paroles prononcées par Roland s'adressant à Stephen King dans Song of Susannah ("Tu écriras de nombreuses histoires, mais chacune d'elle parlera, à un degré plus ou moins élevé, de cette histoire-ci" [traduction personnelle]) Je n'avais pas envie de vous parler de Stephen King comme beaucoup le font, en disant que c'est un auteur de best-seller, que son inspiration se trouve dans les petites horreurs quotidiennes qu'il transforme en véritables cauchemars. Ca intéresserait peut-être des personnes non initiées. Mais, en fait, j'avais surtout envie d'aborder le sujet sous un angle transversal, d'abord en parlant de l'oeuvre majeure que constitue La Tour Sombre (jepense que ça nécessitera de diviser l'analyse en deux articles), ensuite en parlant de ces thèmes qui sont comme un fil d'Ariane au long de ses livres (là, j'envisage un ou deux articles selon mon niveau d'inspiration). Je vais donc commencer aujourd'hui par La Tour Sombre, gros morceau s'il en est, en vous rappelant que je ne suis pas spécialiste mais que je veux vous présenter une oeuvre que j'apprécie particulièrement. Pour parler en toute honnêteté, je vous avouerais que je n'ai pas encore lu la totalité des 7 tomes de ce monument inclassable de la littérature fantastique. J'en suis restée au tome 4 et les 3 derniers dorment encore sur mon étagère en attendant que je relise le début. Mais bon, ni réellement fantasy, ni épopée, ni western, ni horreur, La Tour Sombre, qu'est-ce que c'est ? Mis à part une quête, je veux dire.
Il s'agit tout simplement de la clef de voûte de l'oeuvre de Stephen King, son apogée mais également le récit par lequel la plupart de ses titres sont liés. Et ce pour la bonne raison que La Tour Sombre, son univers, ses personnages (et plus particulièrement son héros, Roland de Gilead) ont obsédé King durant de nombreuses années. Il a commencé à écrire le tome 1, Le Pistolero, au tout début de sa carrière et il s'en est fallu de peu qu'il ne temine jamais ce qu'il qualifie lui-même d'oeuvre de sa vie (si l'on considère, d'une part, le grave accident auquel il a survécu et, d'autre part, la progressio inexorable de sa cécité). Au fil du temps, le pistolero a pris une place grandissante et l'univers de La Tour Sombre a commencé à déborder du cadre qui lui était assigné (à savoir, les livres qui lui étaient consacrés, si vous avez suivi et qui paraissaiant à un rythme bien trop lent au goût de l'auteur mais aussi de ses fans, mais que voulez-vous, une monstre pareil, ça se mûrit, ça se choye et j'arrête là ma digression). Donc, La Tour Sombre a débordé et a commencé à envahir l'oeuvre que King produisait parallèlement. Si on n'en sent pas encore vraiment la trame ou l'influence dans ses livres les plus anciens tels que Carrie, Cujo ou Christine, elle devient très vite une évidence pour qui est habitué à en traquer les signes. Et quand bien même, une personne non avertie finirait tout de même par se demander pourquoi elle retrouve régulièrement le même vilain bonhomme au détour des horreurs qui surviennent, pourquoi les héros ont souvent des visions d'un univers parallèle étrange sans parler d'autres subtilités. Au fil du temps, donc, La Tour Sombre est devenu un thème récurrent sinon obsessionnel dans l'oeuvre de King. Il le dit lui-même : il n'arrive plus à chasser Roland de ses pensées et il ressent une urgence à terminer la quête. Sans doute est-ce la raison pour laquelle les derniers tomes ont presque été écrits d'une traite et publiés quasi simultanément. On ne va pas s'en plaindre... (à suivre) ambre April 04 BourgeonPour continuer dans la veine bd, je souhaitais vous présenter depuis un petit moment déjà l’œuvre de Bourgeon, pour la bonne raison qu’il s’agit incontestablement de mon auteur de bd favori. J’apprécie chez lui la perfection du trait (autant d’encre que d’esprit), le sens de la narration, l’utilisation savamment dosée du fantastique, la finesse et l’à-propos des textes. C’est pour moi un maître dans l’art du dessin (on reconnaît sa patte entre mille) et du scénario. Sa grande réussite réside sans doute dans le fait que celui-ci colle indéniablement à celui-là. J’appellerai ça l’harmonie, je crois. Dans la première série publiée, Les Passagers du vent (5 tomes), Bourgeon utilise le cadre historique du commerce triangulaire du xviiie siècle pour faire évoluer des personnages humains jusqu’au bout des ongles. Ici, aucune utilisation du fantastique (à moins qu’on ne considère la magie africaine comme telle), on garde les pieds sur terre (ou plutôt sur mer). Documentée, vivante, cette saga n’épargne rien au lecteur : de l’initiation à la marine à voile à la réduction en esclavage des Africains par eux-mêmes, du libertinage de l’aristocratie aux idées « révolutionnaires » des Lumières, de la place de la femme au xviiie siècle aux déconvenues de l’amour. Isa, l’héroïne, découvre la vie dans tout ce qu’elle a de plus beau et de plus horrible au cours de ces deux années passées à naviguer. Bourgeon affirme déjà son goût pour les belles héroïnes au caractère bien trempé. Isa, de fait, tente tout ce qu’elle peut pour échapper à un monde qui la répugne, garder l’homme qu’elle aime et s’offrir la vie dont elle rêve. La justesse de ton est là d’emblée et chaque vignette se savoure comme une petit chef-d’œuvre (raison pour laquelle je mets généralement beaucoup plus de temps à lire une bd de Bourgeon que toute autre, m’arrêtant sur chaque phrase bien sentie et sur chaque dessin). Bref, je me suis régalée à la découverte des Passagers du vent qui comblaient mon désir de bd pour adulte et qui flattaient mes sens d’historienne. Avec Les Compagnons du crépuscule (3 tomes), j’ai définitivement plongé. Cette fois, Bourgeon transporte son auditoire au bas Moyen-Age, au moment de cette guerre de 100 ans qui ravage les campagnes et jette chevaliers et mercenaires sur les routes, mais pas seulement. C’est aussi le Moyen-Age des légendes et des sorcières, celui qui se cherche entre anciennes croyances païennes et christianisme, celui des trouvères et des actes de bravoure. Les héros sont bien souvent emportés contre leur gré dans des aventures aux relents de fantasy et de fantastique à travers des rêves un peu trop cruels et identiques pour ne pas être réels et croisent des individus dont la rapacité ou la bonté n’ont d’égal que leur dimension terriblement humaine. Evidemment, rien n’est soigné comme un Bourgeon et ces 3 volumes n’échappent pas à la règle : vérité historique, recueil de légendes et contes d’autrefois, dissection des croyances et superstitions, utilisation du langage approprié (celui de l’époque) associé à une verve coutumière. On est en pleine épopée, une épopée dont on ne comprend jamais vraiment où elle veut nous emmener (entre lutins et loups garous) jusqu’au dénouement final. Une ballade digne des plus grands troubadours. On sent bien, avec Les Compagnons du crépuscule, que Bourgeon touche là l’essence de son art et qu’il ne lui manque pas grand chose pour en atteindre la quintessence. C’est alors qu’apparaît Le Cycle de Cyann (4 tomes à l’heure actuelle). Et que l’on découvre la capacité de l’artiste à créer un univers de toutes pièces. Cette fois, c’est de science-fiction qu’il s’agit (un monde où Versailles, « c’est de la mythologie »), d’un monde où le pouvoir se joue entre la Source (le pouvoir spirituel) et la Sonde (le pouvoir des notables) et où Cyann, encore une de ces héroïnes intrépides et au sale caractère, se trouve forcée de préparer une mission afin de découvrir le moyen d’éradiquer une terrible épidémie tout en se débattant au milieu des conflits entre les deux pouvoirs. Bourgeon parvient à nous immerger dans cet univers imaginé de toutes pièces, empli de références inédites, une construction cohérente et d’une rare richesse où les femmes sont une fois de plus mises à l’honneur. L’émotion, la beauté, la puissance des mots se révèlent à chaque page et emportent le lecteur vers une chute comme seul Bourgeon sait en concocter : ni happy end, ni tragédie, juste la vie, le goût de l’homme avec ses plus grandes qualités et ses pires défauts. Le chef-d’œuvre absolu de Bourgeon se trouve bien là, dans ce cycle encore inachevé et pourtant déjà autosuffisant. On retrouve donc beaucoup d’éléments communs à chacune de ses sagas (si vous avez bien suivi et si vous avez eu le courage de me lire jusque là) : pas de vision manichéenne de la vie mais bien au contraire une vision de l’homme imparfait et troublé par son époque et ce à quoi il est confronté, un goût prononcé pour les héroïnes brunes ou rousses au caractère indomptable, à la fine intelligence et à la langue acérée (les hommes ne semblent pas trouver grâce aux yeux du maître et c’est peut-être ce qui me plaît le plus, même s’il ne faut pas oublier les nombreux personnages masculins d’une rare beauté qui hantent ces pages), le souci de la reproduction exacte ou réaliste de ce qui est (que le décor soit historique ou inventé). On retrouve, de toutes façons, dans chacune de ses bd, une même qualité graphique (une savante maîtrise des prises de vue, une parfaite connaissance de l’anatomie, le sens du mouvement et de la mise en scène, de la couleur, du trait, etc.) et narrative (jeux du langage, sens de la répartie, intrigues élaborées mais pas labyrinthiques, etc.). Et c’est dans ces éléments propres à Bourgeon que se trouve sans doute mon goût pour son œuvre. Je pense avoir fait le tour. D’aucuns diront que je n’ai fait qu’encenser cet auteur et je reconnais que c’est vrai : j’ai bien du mal à lui trouver des défauts. Je vous concèderais juste qu’il peut parfois être un peu compliqué d’entrer dans l’histoire, de se repérer parmi les personnages et de trouver ses marques dans le décor planté en début de lecture : il faut juste s’accrocher. Je reconnais aussi qu’on peut aimer ou non : ce graphisme « léché » ne peut évidemment pas plaire à tout le monde. Le but était ici de vous faire une petite présentation (bon, je me suis un peu étalée, et alors ?) pour vous faire découvrir ou redécouvrir Bourgeon pas pour vous le faire aimer si vous ne l’appréciez déjà pas. J’espère avoir réussi.
ambre March 29 Bande-dessinéePour continuer dans la veine « ce que j’aime », je m’attaquerais aujourd’hui à la bande-dessinée, telle que je la vois et que je la connais, ce genre n’ayant pas été traité lors de mon précédent article sur la SF. Cependant, mes connaissances dans ce domaine étant limitées, cet exposé risque fort de l’être tout autant, d’une part, parce que je ne me contente pas, une nouvelle fois, de ne lire que de la bd et, d’autre part, parce que je n’irai pas faire des recherches pour vous régurgiter les connaissances remâchées d’amateurs bien mieux avertis que moi. Je ne compte pas non plus investir dans les bd manquant à ma culture dans le seul but d’écrire un article plus satisfaisant (l’investissement viendra en temps et heure et sans doute aussi suite à vos conseils). Vous trouverez donc ici quelques informations mais surtout un point de vue, ma façon d’apprécier la bd à défaut d’un exposé exhaustif. A vous de venir le compléter si ça vous chante, et pour mon plus grand plaisir. Je vous expliquerai d’abord pourquoi mes connaissances en matière de bd sont aussi limitées : parce que je suis compliquée. Bon, rien de très nouveau. Je suis hyper exigeante tant du point de vue des graphismes, de l’encrage, que du scénario, de l’écriture et du ton. Autant vous dire qu’il est difficile de trouver des bd réunissant tous ces atouts à mes yeux : mon regard n’étant évidemment pas celui des autres (et vice versa). Du coup, je suis prudente : je ne veux pas me laisser séduire par une belle apparence masquant un vide narratif abyssal et inversement.
Je suis évidemment passée, comme tout le monde, par les incontournables Astérix, Tintin, Lucky Luke et autres Boule et Bill ou Iznogoud. Mais j'apprécie aussi Rahan, Thorgal, XIII, Largo Winch, Yoko Tsuno ou Valérian. Avec le temps, j'ai appris à aimer Philémon (ça, c'est mon goût de l'absurde), Calvin et Hobbes même si j'ai toujours du mal avec Fluide glacial (si ce n'est que je craque totalement pour Carmen Cru et les Bidochon). Adolescente, Servais m'a séduite. C'est sans doute pour ça que je suis tombée raide dingue de Bourgeon. Et plus encore lorsqu'il a abordé la science-fiction avec le Cycle de Cyann. J'aime La quête de l'oiseau du temps et L'épée de cristal. Mais évidemment, ce qui a le plus influencé mon goût pour un certain style de graphisme et un type narratif, c'est ma découverte des comics à l'âge de 7 ans. Je n'ai pour l'heure abordé Bilal que de très loin, et je n'ai touché ni à Gimenez ni à Manara. J'ai laissé de côté beaucoup de choses ces derniers temps. Y compris les comics de la nouvelle génération. Pour ne pas passer pour une totale ignorante, je vous avouerais que j'ai tout de même plongé, tardivement certes, mon nez dans les mangas (à petite dose et avec circonspection, comme de bien entendu) histoire de voir de quoi il retournait. L'écueil évité des mangas "à l'eau de rose" (Juliette je t'aime et compagnie), j'ai encaissé quelques déceptions avec Gantz (dessin à l'ordinateur et histoire répétitive pour ados en manque de filles nues) et Higanjima (mal dessiné, trop adolescent à mon goût). Mais j'ai aussi découvert des perles avec Monster, DeathNote (même si je suis moins accro), Reset (un seul tome pour ceux qui ont peur d'investir) et surtout surtout 20th century boys, le best, estampillé toutes générations, à l'imagination et au talent débordant. Bon, je ne suis toujours pas de ceux qui empilent les bd dans leur panier de la fnac en se disant que tout est bon dans le cochon... Pourquoi cette prise de temps au lieu d'une gloutonerie ? Tout simplement parce que la bd représente pour moi un mode d'expression très particulier, qui se savoure, vignette par vignette. C'est le mélange de deux formes d'art que j'adore : l'écriture et l'art pictural. C'est un art difficile à maîtriser et vers lequel s'engagent beaucoup trop de personnes trop peu talentueuses actuellement. Nos librairies regorgent de nouvelles bd au travers desquelles il est bien compliqué de faire un choix et de trouver la perle rare. L'accord parfait entre trame narrative et discours pictural. J'en ai rencontré peu dernièrement mais je |